Le Marchand

Evelyne Cévin

[NS] c’était un marchand veuf riche qui avait deux enfants. un garçon qui était déjà un beau jeune homme et une fille très jeune encore mais si jolie si jolie qu’on ne saurait le dire. ce marchand avait aussi un frère beaucoup plus jeune que lui. chaque année il faisait en général un voyage à l’étranger pour ses affaires. cette annee-là il décida que il était temps que son fils l’accompagne il était un jeune homme et il allait lui succéder un jour ou l’autre donc il allait l’emmener. aussi convoqua-t-il son frère il lui donna les clefs de ses maisons en lui disant [end]

[DD] durant mon absence c’est toi qui sera le maître tu t’occuperas de mes domestiques de mes biens de mes maisons tu veilleras sur la marche de mes affaires ici mais surtout veille sur ma petite. veille veille sur elle elle est si jeune encore apprends-lui l’histoire la géographie la poésie les mathématiques la philosophie tout ce que tu sais mais surtout veille à ce qu’elle reste sage. [end]

[NS] et puis il est parti avec son fils le jeune oncle a pris très au sérieux sa tâche il s’est bien occupé des maisons des biens des domestiques et surtout de sa jeune nièce il s’en est très très bien occupé si bien occupé qu’à force de passer tout son temps avec elle il finit par jeter sur elle des regards qui n’avaient plus grand chose à voir avec les regards qu’un oncle normalement doit jeter sur sa nièce alors au début il se contenta de regards de gestes d’affection elle n'y prit garde et puis il finit par dire des mots plus tendres elle fit semblant de ne rien comprendre et puis un jour il se fit plus précis elle le rejeta avec indignation et puis il était devenu fou d’elle alors un jour il lui dit [end]

[DD] je t’aurai et puis tant pis je te tuerai et je me tuerai aussi mais je t'aurai eue [clap/slap] [end]

[NS] alors c’était une autre affaire hein. peu de temps après un matin alors qu’elle était dans l’étuve voilà qu’il arriva il l’avait pourchassée jusque là alors elle était nue elle était toute seule elle était démunie qu’est-ce elle a fait? elle s’est saisie d’un baquet d’eau bouillante qui était là et elle lui a retourné sur la tete. brûlé à je ne sais combien de degrés il médita les semaines suivantes au fond de son lit encapuchonné d’un pansement d'onguent [audience some laughter]et là il médita une vengance. dès qu’il le put il écrivit à son frère le marchand en lui disant [end]

[DD] ta fille est une putain chaque nuit elle disparaît avec l’un avec l’autre n’importe quoi les palefreniers tout ce qu’il y a de plus bas je n’en viens plus à bout aide-moi [end]

[NS] imaginez la tete du marchand quand il reçut la lettre son sang ne fit qu’un tour il n’imagina même pas que son frere pouvait le tromper il appela son fils et lui dit [end]

[DD] tiens prends ce poignard rentre à la maison ta soeur se conduit comme une moins que rien. va laver notre honneur tue-la et rapporte-moi à la pointe de ce couteau son coeur [end]

[NS] ben à l’époque les fils obéissaient à leurs pères donc il prit le couteau et rentra à la maison. toutefois il adorait sa soeur alors quand il arriva dans la ville au lieu de se précipiter pour obéir à son père et puis la poignarder vite fait bien fait terminé non il alla interroger les voisins les amis les moins amis enfin tous ceux qui la connaissaient de près ou de loin et à tout le monde il demanda comment elle était comment elle se conduisait et tous furent unanimes et lui dirent [end]

[DD] ta soeur oh ta soeur elle est jolie comme une icône et sage comme une sainte [end]

[NS] alors après avoir entendu ces paroles vraiment des dizaines de fois il s’arrangea pour la rencontrer en secret et il lui raconta tout ce qui s’était passé et elle aussi raconta ce qui s’était passé et comme il l’aimait il l'aimait tellement sa soeur qu’il l’a crue mais lui dit-il [end]

[DD] tu sais ta parole ne vaut rien à côté de celle de notre oncle. notre père ne te croira pas alors tu dois partir t’en aller le plus loin possible et le plus vite possible moi je me débrouillerai. [end]

[NS] alors elle ne se perdit pas en tergiversations et s’en alla le plus vite qu’elle pouvait. lui retourna voir son père sur le chemin il tua un chien prit le coeur rapporta au père qui dit [end]

[DD] elle a vécu comme une chienne elle est morte comme une chienne [end]

[NS] ça il savait pas à quel point il disait vrai. et puis ben la vie a continué. elle la petite pendant ce temps-là elle était dans la forêt sombre profonde comme toutes les forêts elle était même si sombre celle-ci si si si drue si si les arbres etaient si épais qu’aucun aucun filtre de lumiere n’arrivait jusque là. et puis à un moment elle est arrivée dans une clairière et au milieu de cette clairière il y avait un énorme château de pierre blanche entourée d’une grille de fer elle n’avait jamais vu ce château jamais entendu parler elle a poussé la porte de fer elle a traversé la cour elle a poussé la porte du château elle est entrée c’était magnifique à l’intérieur c’était beau à ne savoir le dire il y avait des petites salles des grandes salles des moyennes salles (il) y en avait partout c’était joli (il) y avait des boudoirs (il) y avait des lits (il) y avait des meubles précieux (il) y avait à manger (il) y avait à boire mais (il) y avait personne elle a tout visité de la cave au grenier c’était magnifique mais mais il n’y avait personne bon alors elle est ressortie et juste au moment où elle arrivait dans la cour deux chevaliers montés sur des chevaux magnifiques sont arrivés habillés comme des hommes de guerre. quand ils l’ont vue ils se sont mis à rire et l’un des deux a dit [end]

[DD] tiens nous qui cherchions une soeur elle est peut-être bien arrivée qu’est-ce que tu fais là? comment es-tu arrivée ici? qu’est-ce que tu as fait? qu’est-ce qui t’est arrivé? d’où es-tu? qui es-tu? [end]

[NS] alors elle a tout raconté alors ils ont dit [end]

[DD] si tu veux tu peux rester ici il n’y a pas de femmes nous n’avons ni soeur ni amie ni mère tu t’occuperais de la maison ça serait plus gai et nous serions tes frères qu’est-ce que tu en penses? nous te protégerions en échange [end]

[NS] alors elle avait personne chez qui aller elle avait plus de parents elle avait plus rien alors elle a accepté de rester ils sont descendus de cheval chacun a tiré son épée et chacun a pointé l’épée sur le coeur de l’autre et ils ont dit [end]

[DD] maintenant on va jurer. le premier d’entre nous qui jettera sur elle des regards autre que fraternels que l’autre le tue et le découpe en morceaux [end]

[NS] alors une fois qu’ils ont eu juré tout était bien ils sont rentrés dans le chateau et a commencé pour eux trois une vie calme paisible chaste fraternelle. alors eux ils étaient quand meme assez occupés de temps à autre ils allaient à quelques guerres quelques joutes quelques rencontres et à chaque fois qu’ils s’absentaient ils lui disaient [end]

[DD] surtout tu n’ouvres à personne. le monde est plein de danger on peut te vouloir du mal tu n’ouvres à personne [end]

[NS RD] alors elle promettait [end]

[DD] mais non mais non [end]

[NS] d’ailleurs il y avait jamais personne qui passait. enfin tout allait bien mais pendant ce temps là le marchand continuait à vivre il était veuf je vous l’ai dit il était encore vert alors euh [sigh=phhh] finalement sa fille n’étant plus là il s’est senti un peu seul il a décidé de se remarier sa nouvelle femme était très très jolie très jeune aussi et parmi tous les objets précieux qu’elle avait apportés il y en avait un extraordinaire et c’était un miroir il suffisait d’y regarder et on voyait tout ce qui se passait dans le monde et surtout ce miroir disait toujours la vérité. alors un matin que la femme du marchand s’était levée oh elle se sentait particulièrement bien vous savez les femmes parfois certains matins comme ça alors elle a pris le miroir et puis comme ça elle a dit [end]

[DD] ah [narrator chuckles] ne suis-je pas la plus belle du monde? [end]

[DD] ben [end]

[NS RD] dit le miroir [end]

[DD] vous êtes vraiment très belle et dans cette pièce dans cette maison dans cette ville dans ce canton vous êtes vraiment la plus belle c’est vrai mais tout là-bas au creux de la forêt sombre et profonde dans la clairière dans le château de pierre blanche entouré d’une grille de fer des deux preux il y a votre belle-fille qui est plus jolie que vous [end]

[NS] alors là ça faisait beaucoup d’information en même temps [audience laughter] parce que elle apprenait qu’elle avait une belle fille et et surtout que sa belle fille était plus belle qu’elle alors ça (elle) a pas du tout supporté et elle a appelé une vieille qu’on avait l’habitude de voir traîner dans la maison dans la dans la cuisine c’était une vieille comme sont souvent les vieilles méchante elle détestait d’ailleurs la petite depuis toujours hein même quand elle était toute petite comme ça sans doute parce que elle était non seulement très jolie mais très gentille. elle détestait les gens gentils. alors la femme du marchand l’a faite venir et lui a dit [end]

[DD] écoute j’ai un service à te demander il y a paraît-il ma belle fille là-bas qui habite au creux de la forêt chez les deux preux tu vas aller lui porter cet anneau de la part de son frère elle se le mettra au doigt et je serai tranquille [narrator laughter] [end]

[NS] et la vieille elle était très contente de faire le mal alors elle a pris l’anneau très satisfaite et elle est allée très vite à travers la ville la campagne vous savez les petites vieilles ça peut courir très vite. [audience laughter] et donc elle est arrivée dans la forêt sombre et profonde elle a vu la clairière elle a vu la grille de fer elle a poussé la porte de fer elle a frappé à la porte du château. oh elle a pas ouvert la petite. elle a regardé par la fenetre elle a vu la vieille. cette vieille elle ne l’aimait pas elle savait combien elle était méchante mais cela faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas vue aussi longtemps qu’elle avait quitté sa maison alors en la voyant cette vieille. elle a repensé à sa famille aux jours d’autrefois et elle a tout oublié elle a ouvert la porte et elle l’a accueillie en lui disant [end]

[DD] entre entre [end]

[fDD] ah je t’apporte des nouvelles des a- [end]

[fDD] oui oui je sais bien entre assieds-toi prends du thé des gâteaux [end]

[NS] et elles se sont racontées des histoires du père de la mère des jours d’autrefois et à un moment la vieille a dit [end]

[DD] tiens justement ton frère a donné cet anneau pour toi tiens prend-le [end]

[NS] puis vite elle est partie. la jeune fille est restée assez longtemps à rêvasser à repenser puis elle tenait l’anneau comme ça et puis à un moment elle l’a mis au doigt et elle est tombée sur le sol comme une morte. le soir quand les deux preux sont rentrés qu’ils l’ont trouvée ainsi inanimée ils ont reconnu là des signes de mort. alors ils se sont dit qu’ils allaient la préparer comme on fait dans ces cas-là et ils l’ont allongée sur la table et puis alors qu’ils commençaient à la déshabiller pour la nettoyer l’un des deux a remarqué l’anneau il l’avait jamais vu [end]

[fDD] oh [end]

[NS RD] il a dit [end]

[DD] ce bel anneau on va pas laisser ça dans la terre noire il vaut mieux le garder en souvenir d’elle [end]

[NS] alors il a retiré l’anneau et aussitot les couleurs de la vie lui sont revenues elle a ouvert les yeux elle les a regardés elle a dit [end]

[DD] mais qu’est-ce que c’est que ça? [end]

[NS] puis elle a tout raconté. [end]

[DD] ah [end]

[NS RD] ils lui ont dit [end]

[DD] écoute on te l’avait dit pourtant de ne pas ouvrir la porte n’ouvre pas [end]

[DD] ben oui [end]

[NS RD] elle a dit [end]

[DD] mais [end]

[NS] et puis le temps a passé puis un jour ben euh vous savez les femmes aiment bien se regarder alors elle a pris son miroir la femme du marchand c’est elle la plus belle la plus belle [end]

[DD] ben [end]

[NS RD] a dit le miroir [end]

[DD] vous êtes la plus belle ici dans cette pièce dans cette maison dans cette ville dans ce canton mais là-bas tout là-bas dans la forêt dans la clairière euh votre belle fille vit avec les deux preux elle est plus belle que vous [end]

[NS] alors ça ça l’a mise en rage elle s’est dit [end]

[DD] mais qu’est-ce qu’elle a fait la vieille? [end]

[NS] alors elle l’a faite appeler elle lui dit [end]

[DD] m’enfin qu’est-ce que tu as fait là-bas là tu lui as donné oui ou non? [end]

[NS RD] (elle lui dit) [end]

[DD] ben oui je lui ai donné [end]

[fDD] mais tu l’as vue la me-- [noise=phhh] [end]

[fDD] je suis partie un peu vite [end]

[fDD] ah oui bon (mais) maintenant tu vas pas partir vite tu vas y aller tiens tu prends ça [end]

[NS] et elle lui a donné un ruban vous savez un ruban les femmes aiment bien autrefois c’étaient les vieilles femmes mais il y a les jeunes aussi qui se mettent des petits rubans bon alors euh elle a emporté le ruban et puis ben la même chose que la premiere fois s’est passé parce que elle voulait pas ouvrir elle ne voulait pas en plus elle elle savait ce qui s’était passé mais quand elle l’a vue elle a repensé à autrefois alors là on oublie tout elle a ouvert la porte elle l’a accueillie elle l’a faite asseoir elle lui a donné du thé et puis tout en parlant ben l’autre elle lui dit [end]

[DD] tiens je t’ai apporté un ruban [end]

[NS] c’était un joli ruban qui était justement de la couleur de sa robe elle lui dit [end]

[DD] tu vas voir je vais te le mettre [end]

[NS] alors elle lui a passé au coup puis elle a serré très fort et la jeune fille est tombée morte ah la vieille elle était soulagée contente si tant est qu’une vieille méchante puisse être contente elle est retournée chez elle et le soir ben les deux frères ont trouvé la petite inanimée ben là ils se sont un peu méfiés et ils ont regardé si elle avait pas quelque chose qu’ils ne connaissaient pas ils ont tout de suite vu le ruban en fait. alors ils l’ont dénoué et puis elle a retrouvé la vie et alors là vraiment ils lui ont dit [end]

[DD] écoute ça commence à bien faire on te l’a dit tu n’ouvres pas la porte et puis cette vieille enfin tu la connais tu sais très bien déjà [end]

[NS] bon beaucoup de temps s’est écoulé et puis un jour la femme du marchand devait aller à une grande fête alors elle s’est attifée elle s’est coiffée elle s’est parfumée elle s’est maquillée et puis elle a pris le miroir elle a dit [end]

[DD] je suis la plus belle je suis la plus belle du monde non? [end]

[NS] et le miroir a dit [end]

[DD] Madame vous êtes très très très très belle la plus belle d'ici la plus belle de cette ville la plus belle de ce canton mais là-bas là-bas chez les deux preux dans le château de pierre blanche votre belle fille est mille fois plus belle. [end]

[NS] elle a failli en crever de rage elle a appelé la vieille elle lui a dit [end]

[DD] tu sais si tu y arrives pas c’est toi qui vas passer de vie à trépas. alors fais quelque chose. tiens prends ça [end]

[NS] et elle lui a donné un cheveu empoisonné. c’est petit un cheveu. la vieille elle l’a tortillé elle l’a mis dans sa poche puis elle est partie à toute vitesse la petite vieille. oh elle était inquiète elle était toute resserrée. quand elle est arrivée dans la clairière elle était toute comme ça et la jeune fille a regardé par la fenêtre et elle était tellement comme ça la petite vieille. elle était tellement pâle elle était tellement ben elle a eu pitié alors elle lui a ouvert la porte elle lui dit [end]

[DD] mais tu as l’air malade. entre. [end]

[NS] elle l’a fait asseoir elle l’a fait boire du thé des gâteaux et puis elles ont parlé des gens d’autrefois et puis elles ont parlé de choses et d’autres comme ça comme les femmes font quand elles parlent entre elles et à un moment la vieille a dit [end]

[DD] oh tu dois être bien seule ici avec ces garçons. tu as plus tes nounous ? tes beaux cheveux qui te les épouille maintenant ? [end]

[DD] oh ben c’est vrai [end]

[NS RD] a dit la jeune fille [end]

[DD] c’est vrai euh c’est pas eux qui font ça [end]

[fDD] tu veux que je te rende le service ? je vais t'épouiller si tu veux ça va te détendre pose ta tête sur mes genoux [end]

[NS] alors ça se passait si bien c’était si doux et c’est elle a posé sa tête sur les genoux de la vieille qui a fait mine de l’épouiller elle a défait les cheveux puis à un moment elle a dit [end]

[DD] oh ben tout est bien je vais te refaire une belle natte comme tu en as jamais eu [end]

[NS] alors elle lui a fait une natte mais qui était tellement belle que c’était pas possible d’avoir une aussi jolie natte et puis évidemment sur la natte elle a mis le cheveu empoisonné ce qui fait que quand la natte a été terminée la petite elle a été tuée elle l’a faite rouler sur le sol et puis elle est partie en courant. le soir les preux sont rentrés ils l’ont trouvée inanimée ils ont cherché ils ont cherché tout ce qu’il pouvait y avoir d’étranger [audience coughing] sur elle ils n’ont rien trouvé alors ils ont dit [end]

[DD] elle est morte cette fois [end]

[NS] ils l’ont mise sur la table ils ont commencé de faire ce que l’on fait pour les morts ils l’ont déshabillée ils l’ont préparée ils l’ont lavée ils l’ont parfumée et puis ils lui ont mis une robe étincelante comme celle qu’une jeune épousée met au matin de ses noces et puis ils l’ont un peu maquillée parfumée comme on fait mais ils n’ont pas touché à sa coiffure parce que elle était si bien coiffée si bien nattée ils l’avaient jamais vu si joliment arrangée ah ils ont dit [end]

[DD] ça on laisse comme ça puis c’est elle qui se l’est fait c’est joli [end]

[NS] alors une fois qu’elle a été comme ça bien dans sa belle robe ils l’ont allongée dans le cercueil de cristal qu’ils avaient. ce cercueil de cristal ils l’ont installé au milieu de la plus grande salle la plus belle salle du château ils l’ont installé sous un baldaquin tendu de velours rouge brodé de larmes d’argent. le baldaquin reposait sur douze colonnes de cristal et à chaque colonne de cristal il y avait une lampe accrochée et la lueur des lampes se reflétait dans toutes les colonnes et c’était c’était magnifique. et elle était là elle était si belle si belle. alors une fois que tout a été bien fait bien ordonné ils se sont mis tous les deux aux pieds de la morte et là longtemps longtemps longtemps ils ont pleuré parce que même des hommes peuvent pleurer puis à un moment ils se sont arrêtés l’un des deux a dit [end]

[DD] maintenant qu’elle est morte ça vaut plus la peine de vivre [end]

[NS] alors ils sont montés tout là-haut au plus haut de la tour et là ils se sont embrassés ils se sont dit adieu ils se sont pris par la main et ils se sont jetés dans le vide et ils se sont écrasés tout en bas sur les rochers pointus. et le temps est passé et elle est restée là dans le silence au milieu du château de pierre blanche seule. et puis un jour le fils du tsar est passé par là avec ses amis il adorait la chasse il était là il s’amusait beaucoup et à un moment il a aperçu un chemin qu’il n’avait jamais vu il a pris de chemin il s’est retrouvé dans cette clairière brusquement il voyait ce château qu’il n’avait jamais vu dont il n’avait jamais entendu parler un château de pierre blanche entouré d’une grille de fer alors il a poussé la porte de fer il a poussé la porte du château il est entré oh c’était beau mais très très poussiéreux mais il a tout visité parce qu’il était un peu curieux de la cave au grenier il a tout vu il a tout regardé il a fini par arriver dans la grande salle et là au milieu de la grande salle dans le cercueil de cristal il l’a vue et il ne pouvait plus détacher ses regards d’elle et il est resté là fasciné toute la journée jusqu’à ce que la nuit arrive. alors seulement c’était comme s’il était réveillé d’un sommeil profond il a quitté le château il a repris le petit chemin puis il a retrouvé ses amis qui ont dit [end]

[DD] mais qu’est-ce tu faisais ? toute la journée on t’a appelé on a sonné du cor on a hurlé les chiens aboyaient mais où est-ce que tu étais ? [end]

[fDD] oh je me suis perdu [end]

[NS] seulement le lendemain il s’est débrouillé pour reprendre le petit chemin et passer la journée auprès d’elle et puis le lendemain du lendemain et le lendemain du surlendemain et le surlendemain du surlendemain alors ses amis ont commencé à [narrator sighs=phhh] se dire qu’il y avait euh quelque chose. alors ils l’ont suivi le septième jour. eux aussi ils ont trouvé le petit chemin. eux aussi se sont retrouvés dans la cr- dans la clairière ils ont vu la grille de fer ils ont poussé la porte de fer ils ont poussé la porte du château ils sont montés tout en haut [intake breath=oh] et ils l’ont vu lui et elle. et ils ont compris pourquoi il était là depuis tous ces jours. ils sont restés là aussi jusqu’à la nuit. alors c’était comme s'ils se réveillaient et le tsar leur a dit [end]

[DD] écoutez j’ai quelque chose à vous demander vous êtes mes meilleurs amis je vous donnerai tout l’or que vous voudrez [end]

[fDD] ben tu as pas besoin de nous donner d’or on est tes amis qu’est-ce que tu veux ? je voudrais l’emporter dans ma chambre le cercueil mais c’est lourd [end]

[fDD] oh [end]

[NS] (et) puis ils ont dit [end]

[DD] c’est pas une affaire [end]

[NS] c’étaient des jeunes gens forts. alors ils se sont relayés ils ont emporté le cercueil et sans que personne ne s’en rende compte en pleine nuit ils l’ont transporté au château du tsar et ils l’ont porté dans la chambre du prince et là il n’a plus quitté sa chambre. ah c’était très étonnant parce que c’était un jeune homme actif il arrêtait pas d’aller à des bamboches à des des joutes à des à des chasses il était tout le temps dehors. alors actif. et brusquement on le voyait plus. de temps en temps il venait prendre un repas avec ses parents mais il devenait pensif plutôt pâle il maigrissait la tsarine était comme toutes les mères de garçons attentive elle s’est inquiétée pour lui elle s’est posée des questions puis finalement un beau jour elle est allée carrément dans sa chambre et là elle a vu la jeune fille morte elle a dit [end]

[DD] mais qu’est-ce que c’est que ça ? mais mais tu peux pas la garder elle est morte on peut pas vivre avec les morts. la place des morts c’est sous notre terre mère. écoute tu peux pas la garder avec toi je t’aiderai si tu veux mais tu ne peux pas [end]

[NS] et lui savait bien qu’elle avait raison alors il est descendu dans le jardin et il pleurait il pleurait il pleurait il pleurait de savoir. que faire d’autre ? et il ramassait des fleurs des fleurs de toutes les couleurs il s’en faisait de pleines brassées et il pleurait il pleurait il pleurait comme un fou il est vite remonté dans la chambre il voulait lui faire un cercueil à nul autre pareil il voulait lui faire une coiffure à nulle autre pareille avec toutes les fleurs qu’il avait cueillies. alors ce qu’il a fait en premier c’était de la dénatter pour voir ses cheveux et les toucher les caresser et il a tout tout dénatté et les cheveux se sont répandus et le cheveu empoisonné est tombé. alors aussitôt les couleurs de la vie lui sont revenues elle a ouvert les yeux elle a dit [end]

[DD] mais mais où est-ce que je suis ? mais mais qui tu es ? [end]

[NS] lui il était fou il s'est précipité il l'a attrapée il l'a embrassée il lui a dit [end]

[DD] tu vis tu vis [end]

[DD] ben oui [end]

[NS RD] elle a dit [end]

[DD] oui je vis [end]

[NS RD] alors il lui a dit [end]

[DD] je suis le fils du tsar et je veux t’épouser [end]

[DD] ah [end]

[NS] elle l’a regardé il était très très beau elle a dit [end]

[DD] oui [end]

[NS] oh il l’a attrapée par le bras il l’a emmenée voir ses parents il a dit [end]

[DD] elle vit elle est vivante elle est vivante elle est vivante [end]

[DD] ah bon [end]

[NS RD] a dit la mère [end]

[NS] très bien [end]

[NS] et le tsar et la tsarine ont regardé la jeune fille ils se sont dit [end]

[DD] [noise=phhh] une plus belle ça on (n')en trouvera pas elle est là elle est vivante bon comme chez les tsars ça va très vite. une heure après ils étaient mariés et ils étaient au lit. heh ils avaient du temps à rattraper. surtout elle. et ça s’est très bien passé ils ont été plus qu’heureux et puis le tsar et la tsarine étaient chaque jour plus satisfaits de voir cette petite qui était si belle si belle à ne savoir le dire mais si gentille et si intelligente et si cultivée c’était vraiment une belle fille de tsar et puis euh comme le temps passait à un moment elle a dit à son mari [end]

[DD] oh maintenant je suis ta femme que je suis une femme que que le temps a passé euh on peut pas vivre tout le temps sur les vieilles histoires j’aimerais beaucoup revoir mon père [end]

[DD] ben c’est une bonne idée [end]

[NS RD] il a dit [end]

[DD] oui je vais en parler euh à mon père [end]

[NS] et le tsar était tout à fait d’accord il a dit [end]

[DD] oui oui oui c’est très bien et bien écoute toi mon fils tu vas y aller par les terres parce que comme ça tu pourras euh voir un peu comment ça marche nos villes nos nos villages nos campagnes et puis toi ma fille tu iras par le bateau ce sera moins fatigant pour toi [end]

[NS] alors le tsarévitch est parti sur son cheval avec quelques compagnons et puis elle elle est montée sur le bateau. [exclamation=hah] le capitaine du bateau était un homme superbe mais alors surtout bon sur un bateau le capitaine est maître après Dieu mais lui alors vraiment il se prenait pour Dieu et quand il a vu la jeune femme il en est tombé fou de désir. oh il (y) est pas allé par quatre chemins. il était maître sur le bateau alors il lui a dit très vite combien elle lui plaisait alors phh elle voulait même pas en entendre parler et puis euh comme elle n’avait pas l’air très positive il lui a dit [end]

[DD] bon ce soir je viens en ta cabine et si tu te refuses à moi je te jetterai à l’eau [end]

[NS] elle savait pas nager alors elle s’est mise à pleurer mais il y avait un petit marmiton qui avait été complètement séduit aussi par sa beauté car personne ne pouvait la voir sans tomber fou d’elle le petit marmiton avait tout entendu et tout vu alors il est venu la trouver il lui a dit [end]

[DD] écoutez on a à peu près la même taille alors on va échanger nos vêtements vous allez prendre mes vêtements de marmiton puis vous irez travailler à la cuisine personne vous reconnaîtra avec mon petit chapeau et puis moi je prendrai vos vêtements de fille et puis ben ce soir dans la pénombre il s’apercevra de rien c’est sûr il se passera rien ben il me jettera à l'eau moi je sais nager la côte n’est pas très loin [end]

[DD] ah bon [end]

[NS RD] elle a dit [end]

[DD] oui bon [end]

[NS] alors elle s’est habillée en marmiton disparue dans la cuisine le soir euh pas de lumière dans la cabine le capitaine est arrivé enfin bon ça n’a pas marché du tout donc le marmiton s’est retrouvé à l’eau il a nagé et puis voilà. le bateau a accosté assez vite et la jeune femme s’est précipitée au marché elle s’est habillée (elle) s’est pris des des vêtements de de de cuisinier un peu plus un peu plus plus mieux que que ceux qu’elle avait là sur le bateau et vous devinerez jamais où elle est allée elle est allée à la maison de son père elle s’est faite engagée dans les cuisines. déguisée. en marmiton. bon. pendant ce temps-là le fils du tsar était arrivé chez son beau-père le marchand et alors là le marchand n’en revenait pas parce que d’abord il croyait que sa fille était morte et c’est vrai que le temps passant il s’était dit qu’il s’était peut-être montré un peu impétueux dans cette affaire et que au fond [sigh=phhh] enfin il avait des regrets d’avoir tué sa fille peut-être que son fils n’aurait pas dû être aussi obéissant enfin bon. alors quand il a su qu’elle était vivante il était vraiment très très très très heureux et puis alors en plus avoir épousé le fils du tsar ça c’était quand même une sacrée nouvelle. juste comme il venait d’apprendre ça voilà le capitaine qui arrive tout en noir lui disant [end]

[DD] mon dieu mon dieu tsarévitch il est arrivé une chose affreuse votre femme votre fille était sur le pont du bateau il y a eu un coup de roulis elle a glissé elle est tombée nous n'avons pas pu la rattraper elle savait pas nager elle s’est noyée je suis impardonnable [end]

[NS] alors le fils du tsar était très très triste mais le marchand ne savait plus du tout où il était parce qu’il pensait au départ que sa fille était morte puis il avait finalement appris qu’elle était vivante et puis juste au moment où il venait d’apprendre qu’elle était vivante il apprenait de nouveau qu’elle était morte. euh phhh pour un homme de cet âge c’est très très très troublant.[audience some laughter] bon pour se remettre euh puis on est en Russie donc on a fait un petit coup et puis ben on a mangé un peu puis euh bon euh enfin après ça s’est un peu détendu quoi c’est vrai et puis le temps a passé et puis à un moment quand même le fils du tsar a dit à son beau-père [end]

[DD] ben il est temps maintenant que je rentre chez moi je [sigh=phhh] je sais pas trop comment je vais vivre mais il faut que je rentre à la maison il y a mon père et ma mère qui m’attendent [end]

[NS] alors le marchand a décidé d’inviter euh tous les amis tous les boyards de de la région et de faire un grand banquet banquet d’adieu à son gendre et puis aussi banquet à la mémoire de sa fille qu’on (n’)avait même pas pu mettre en terre. alors ils étaient tous là beaucoup plus nombreux que vous n'êtes ce soir et ils étaient tous autour de la table et alors on a commencé de manger zagouski par ci zagouski par là et puis vodka et puis bière enfin bon. assez vite l’atmosphère s’est beaucoup réchauffé à tel point qu’un des invités a dit [end]

[DD] ça peut pas durer comme ça si ça continue dans dans dans dans dans quelques minutes on va être tous sous la table on [narrator sighs=phhh] pas possible on est quand même euh là pour commémorer le souvenir bon non c’est plus possible c’est c’est c’est pas bien le marchand a dit [end]

[DD] c’est vrai on pourrait peut-être se raconter des histoires on penserait pas à boire comme ça [end]

[NS] ah ben oui c’était une bonne idée. seulement le premier à qui on a demandé ben il était tellement saoûl déjà que c’était plus possible le deuxième était bègue le troisième se souvenait de rien le quatrième n’avait jamais connu d’histoires c’était vraiment euh très très compliqué mais heureusement il y a des serviteurs. ben à cette époque il y en avait encore on pouvait se faire servir et donc il était là et il a dit [end]

[DD] et ben moi j’ai une idée parce que à la cuisine on vient d’embaucher un petit cuisinier il a beaucoup voyagé il connaît des tas d’histoires [end]

[DD] ah bon c’est une bonne idée [end]

[NS RD] qu’ils ont dit [end]

[DD] allez faites venir le cuisinier [end]

[NS] alors on l’a fait venir il était pas très grand avec un chapeau bien enfoncé il avait à la main une louche [audience some laughter] ah vous savez il y a des louches qui sont petites [audience some laughter] il y a des louches moyennes puis alors il y a des très très grosses louches et ben là c’était une très très grosse louche et puis elle était en bois comme là-bas alors c’est pareil là ce matin on a fait une grosse étude sur les essences de de bois et c’est vrai qu’il y a des bois très légers il y a des bois moyennement légers puis là il y a des bois très très très lourds là c’était une très très très très grosse louche très très très très très lourde et malgré euh ce côté un peu fluet le jeune cuisinier tenait sa louche oui très avec beaucoup d’énergie alors il est arrivé il a dit [end]

[DD] qu’est-ce que vous préférez un conte ou une histoire vraie ? [end]

[DD] une histoire vraie [end]

[NS RD] ils ont dit [end]

[DD] une histoire vraie [end]

[NS] ils commençaient vraiment à être très très très détendus. [audience laughter] alors euh et le marmiton a dit [end]

[DD] bon une histoire vraie mais alors attention. moi quand je raconte je ne veux pas être contredit parce que sinon je cogne [end]

[NS RD] ils ont dit [end]

[DD] ouais ouais ouais [audience laughter] [end]

[NS] oh là là là là ils avaient jamais vu ça. ça les amusait. donc elle a commencé parce que en fait c’était elle. elle a commencé sa propre histoire oh ben tout de suite euh euh l’oncle il s’est levé il a dit [end]

[DD] mais qu’est-ce que c’est que ça ? un oncle ne peut pas faire ça [end]

[NS RD] elle a dit [end]

[DD] ah oui ? [end]

[NS] [noise=boum] elle l’a assommé. [audience laughter] alors elle a continué son histoire puis quand elle en est arrivée au miroir magique à la belle-mère à la vieille elles se sont senties mal hein les deux alors . elles se sont levées elles ont dit [end]

[DD] mais qu’est-ce que c’est que cette histoire? c’est pas possible c’est pas possible [noise=boum bing] terminé [audience laughter] [end]

[NS] alors elle a continué continué et puis bon quand elle en est arrivée à monter dans le bateau le capitaine il a dit [end]

[DD] là j’ai à faire là au port [audience some laughter]euh je suis [end]

[fDD] non tu restes [end]

[fDD] ah bon je vais rester [end]

[NS] mais au bout du moment il a pas pu résister il a dit [end]

[DD] mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de fou [end]

[boum] terminé [end]

[NS] ah elle avait à peine terminé son histoire elle a arraché son bonnet ses cheveux je ne vous les décris pas évidemment son mari l’a tout de suite reconnue ils se sont jetés dans les bras l’un de l’autre ils se sont embrassés le marchand était tellement content de la retrouver. alors là on a bien bu bien mangé c’était vraiment très très bien. ceux qui étaient assommés ils ont été assommés pour un bon moment et le lendemain on s’est occupé d’eux. alors euh l’oncle et la vieille femme on les a fusillés euh au portail de la maison [audience laughter] et la femme du marchand on l’a attachée à la femme d’un chev- à la queue d’un cheval emballé qui est parti à travers la steppe infinie et qui a dispersé chair et os un peu partout sur les haies et puis le capitaine on l’a envoyé aux galères et le marmiton est nommé capitaine et ben le tsarévitch il a emmené sa femme et puis le voy- le marchand il les a suivis parce que il s’est dit que il allait finir ses jours auprès de sa fille et de son gendre et je pense que c’est le fils qui a dû reprendre les affaires. enfin tout s’est très bien terminé et moi je serais bien restée avec eux mais j’avais tellement bu que je suis restée sous la table [audience laughter] [end]